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Victor Hugo et le curé de Saint-Angeau

 

 

Juliette Drouet a décrit, dans son Journal, son second et bref séjour à Angoulême avec Victor Hugo:

«Toto (Victor Hugo) retient des places pour Saintes et nous devons repartir à cinq heures.
Que faire pendant deux heures au milieu de la nuit? On ne peut pas aller se coucher. On ne peut pas aller voir la ville. Nous nous résignons à entrer à l'Hôtel de l'Angoumois. (…) Nous demandons un bouillon. Pendant qu'on nous l'apprête, un curé des environs entre dans la cuisine. Il paraît être au fait de la maison et connaître l'hôtesse puisqu'il l'appelle par son prénom. Il va, il vient, il presse l'hôtesse de faire placer trois voyageurs qui viennent d'arriver et qu'on entasse dans la même chambre car l'hôtel est plein.

Il s'approche de nous et lie conversation avec Toto. Il lui conseille de ne pas aller voir la cathédrale qui est un bâtiment lourd et froid qui ne dit rien à l'âme. (…) Puis il s'étend sur le manque de religion de ses paroissiens. Il dit que depuis cinq ans qu'il est dans sa cure, il n'a pas fait dix mariages sur trois mille paroissiens quoiqu'il ait renoncé à ses honoraires, et qu'on ne l'appelle jamais en cas de mort. Il dit encore que les femmes y jurent et y sacrent les noms du Bon Dieu à tout propos. (…) Nous laissons ce curé mécontent et nous nous dirigeons vers la cathédrale en dépit de ses conseils. L'aube commence à paraître. La cathédrale est une merveille, tout bonnement, et le prêtre un attardé ignorant. (...)»

 

L'historien de la Charente Jacques Baudet et son complice Philippe Certin ont identifié le prêtre qui, à l'Hôtel de l'Angoumois, a tenu à Victor Hugo des «propos représentatifs de l'état du clergé charentais dans la première moitié du XIXème siècle à la suite des troubles et de la déchristianisation de la Révolution. Il pourrait s'agir de l'abbé Jean-Baptiste Fournier, curé de Saint-Angeau en 1843, qui desservait à ce titre Saint-Angeau, Saint-Amant-de-Bonnieure et les deux annexes de Saint-Ciers et de Sainte-Colombe, soit environ 2750 habitants, ce qui n'est pas loin en effet des «trois mille paroissiens» dont parle l'interlocuteur de Victor Hugo et de Juliette Drouet.» (Bulletins et Mémoires, Société archéologique et historique de la Charente, 1er trimestre 2002)

 

Alain Mazère

Extrait de Grands romantiques en Charente. Editions Le Croît vif, 2008